JE MONTE (dans l’espace, hors du temps)

L’eau le vent La pureté des premières choses – Le travail humain sur l’élément Liquide – la nature qui mène Strates et strates de roches – le vent Qui joue dans la vallée – et ombre du vent Le nuage – l’avertissement lointain Du fleuve dans la vallée – Et la ruine du contrefort – la chute La victoire de l’élément – le vent Qui joue dans la vallée. Sur la vallée très longue qui monte en paliers La maisonnette de pierre sur le vert exténué : La blanche image de l’élément.

Chants orphiques
Dino Campana

Lorsqu’il a été question de concevoir des bains situés dans le quartier de Malmousque ma première préoccupation fut de savoir ce que sont des bains, ce qu’ils sont pour moi et ce que pourrait être un établissement de bains à Malmousque. Les bains sont le support d’une pratique liée à l’hygiène et la détente c’est-à-dire dans un sens large aux soins du corps. J’avais l’impression qu’une dimension plus spirituelle était à l’oeuvre. Les bains ont une part de sacré. Leur pesanteur, leur silence et l’évidence primitive qu’ils dégagent sont propices à la contemplation, à la méditation. Ici il est possible de se retrouver, de retrouver son corps, ses sens. Il est de ces lieux où l’âme se repose, où l’on peut la voir s’étoffer et grandir en se confortant.

Lors de l’analyse de ville nous nous étions intéressés aux zones accessibles de Malmousque, c’est-à-dire aux routes et parties du littoral praticables. L’appropriation du littoral est une caractéristique forte du quartier et les bains militaires en sont l’expression ultime. Ces bains s’approprient la côte sud-ouest de Malmousque faisant ainsi de la promenade de bord de mer une impasse. La côte ouest où s’amassent les débris de l’ancienne batterie, est surplombée par un remblai précaire duquel jailli des structures en béton disloquées qui crée un socle pour le point culminant de Malmousque, le parking des militaires.
Installer les bains à cet endroit plutôt que sur le site proposé dans le programme permet de transformer le quartier. La promenade de bord de mer n‘est plus un cul-de-sac, la côte est assainie et devient comme elle le fut autrefois le lien entre le point le plus haut de Malmousque et la mer.

L’enjeu fut non pas de créer un bâtiment phare, un signal formel et criard qui compenserais les défauts du site mais plutôt de sublimer le quartier, d’en faire ressortir les qualités par une intervention adaptée.
Sans devenir une collection d’ambiances, un patchwork de lieux distincts, ces bains offrent une diversité. Reste à trouver l’espace qui nous convient le mieux, en parcourant l’établissement, quelque part entre l’eau, la roche et le ciel.

L’eau, la roche, les vagues, le vent, le soleil mort de midi. Malmousque dort. Il y a bien au loin sur les roches quelques touristes inconscients, rouges comme des écrevisses.
Pourtant les chiens recherchent l’ombre et les gens rentrent chez eux, volets clos, dans la cuisine, le temps que la chaleur tombe. A cette heure, Malmousque semble être un village méditerranéen, un avant-poste sur la mer où la ville n’est plus une présence bruyante, où Marseille est mise au même plan que la montagne et la mer.

Arthur BOSC