Emission sur le quartier du Bousbir de Casablanca.
Interview de Jean BOSC

Bosc, J. (2010) Le Quartier réservé de Bousbir à Casablanca, Paris: Ecole nationale
supérieure d’architecture de Belleville (unpublished master thesis).

Séminaire « L’art du projet »
Directeur de mémoire : Pierre Pinon
Enseignants : Jean-Philippe Garric – Guy Lambert – Estelle Thibault

C’est un secret, une cité secrète aujourd’hui. Un tabou pour certain, un souvenir coquin pour d’autre. En effet le Bousbir est un quartier très spécial… Il est entièrement dédié à la prostitution entre 1920 et 1955 à Casablanca.

Par nature, la prostitution explique en grande partie cette part de mystère, mais le Bousbir appartient également à l’histoire du Protectorat marocain et plus particulièrement à l’histoire du réglementarisme colonial. Sujet très délicat surtout lorsque celui-ci concerne une certaine forme de colonialisme sexuel, et d’expérimentations urbaines concentrationnaires. La prostitution, le colonialisme, la concentration sont des mots forts qui ont le goût de poudre. Et à leur simple évocation, la conscience ne peut éviter les références. A l’exploitation pour la «prostitution», au racisme pour le «colonialisme» et aux camps pour la «concentration». De plus les documents architecturaux concernant ce quartier sont très rares, et les archives de l’architecte en charge ont été très vraisemblablement détruites.

Mais des images d’un quartier fantasmagorique circulent encore à travers des cartes postales d’époque très séduisantes… au point de vue architectural bien entendu. Ce sont des images très belles, presque irréelles, à l’allure de décors de film. Et l’on est étonné en lisant les légendes d’apprendre qu’un quartier de cette allure à existé à Casablanca, de comprendre que c’est un quartier « des plaisirs », et enfin de ne pas entièrement saisir la notion de « quartier réservé ». Tout ceci éveille naturellement la curiosité surtout lorsque celle-ci est motivée par la surprise de trouver le nom d’Edmond Brion, l’architecte de ce quartier, associé à celui d’Henri Prost ou d’Albert Laprade. En effet, ce quartier s’inscrit dans l’histoire célèbre des expériences urbanistiques et architecturales menées à Casablanca et tout particulièrement sur l’expérience d’habitat populaire menée aux Habous par l’équipe Laprade, dont le Bousbir est la suite directe. Expérience emprunte d’un intérêt et d’un respect envers la culture traditionnelle maghrébine qui dénote avec les images que l’on peut se faire de cette période.

Le voile qui le dissimule depuis tant d’année en fait un sujet architectural quasiment inédit. Il faut voir avec quelle impression l’on découvre ce quartier qui se cache derrière une façade trompeuse, c’est comme si l’on déterrait un coffre précieux des entrailles de la ville. Car les médinas ressemblent à ces pierres brutes qui, une fois éclatées, nous dévoilent leur trésor intérieur. Ce petit quartier est à cette image mais plus petit, plus rare et surtout tenu secret. Cette étude vient ajouter une pierre au maigre héritage laissé par Edmond Brion, architecte qui comme beaucoup n’a jamais eu en tête un quelconque désir de postérité. Cela laisse à réfléchir lorsque l’on voit avec quelles difficultés se reconstitue l’Histoire, d’ailleurs parfois non sans une certaine injustice.