La Provence de Pierre Bergé

Président de la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent
Ce grand voyageur aime se ressourcer dans la simplicité de son mas de Saint-Rémy
Par Marie-Claire Blanckaert
Photo Nicolas Mathéus

Lorsque Pierre Bergé constata que ses amis pris leurs habitudes dans la maison de Provence, il compris qu’il lui en fallait une autre… Par chance, à coté du mas « Théo » qu’il habite depuis plusieurs années à Saint-Rémy, la maison mitoyenne appartenant à Marie Mauron était inoccupée. Marie, écrivain disparue il y a vingt ans, était la femme de Charles Mauron, ancien maire du village et critique littéraire à qui l’on doit la traduction en français des textes d’E.M.Forster (membre du célèbre groupe de Bloomsbury, avec Aldous Huxley, Virginia Woolf et T.S.Eliot). Pierre Bergé achète donc ce mas qu’il baptise « Vincent » (allusion aux frères Van Gogh) et recrée un espace bien à lui – « Je voulais éviter d’entendre mes amis parler de leurs rouges à lèvres respectifs. » Piscine, pool-house, terrasse protégée du soleil par les glycines et jardin composé avec son ami paysagiste Michel Sémini.
A l’origine, le mas « Vincent » ne possédait aucun arbre. Pierre Bergé souhaitait y planter des cerisiers, cognassiers, poiriers ainsi que les classiques du Midi – platanes, oliviers, chênes verts et cyprès – pour composer un ensemble dense, touffu mais bien harmonisé sur un sol de briques et de pierres. Une tonnelle envahie par différents rosiers grimpant conduit à une porte qui permet d’aller au village.
Mais Pierre ne s’arrête pas là… Il rachète également la maison de son autre voisin, la rase pour créer sur son emplacement un jardin de buis et de plantes aromatiques, inspiré d’un modèle qui se trouve au jardin de Bagatelle, au bois de Boulogne à Paris. Il y fait bâtir un préau sous lequel il jouit d’une vue magnifique sur Saint-Rémy, les Alpilles et la « montagnette ». Dans le salon du mas « Vincent » a pris place une collection d’une centaine de santibelli – statuettes représentant des personnages païens ou religieux – dont trente sont mise en scène dans des niches peintes en bleu, sortes de tabernacles profanes. Cà et là, des meubles provençaux d’époque jouxtent des pièces plus contemporaines. Racheter ces maisons fut pour Pierre Bergé le moyen de s’enraciner dans cette terre et s’en approprier le passé. Lui qui a connu tant d’endroits luxueux aime se ressourcer dans la simplicité et le dépouillement de ces mas provençaux où il avoue passer les moments les plus harmonieux de son existence.

1) Le jardin jouxte le mas « Vincent ». Son ordonnancement est inspiré d’un jardin du parc de Bagatelle. Sous les amandiers ont été plantés des carrés de buis et toute une variété se sauges et d’herbes officinales. Au fond, dans une volière dénichée chez un brocanteur new-yorkais roucoulent les couples de pigeons.
2) Le salon est dédié aux santibelli, magnifiques santons anciens que certains disent marseillais et d’autres napolitains. A gauche, canapé et fauteuil signés Christian Liaigre et fauteuil arlésien (Dervieux). Le lustre en tôle provient de Marseille. Tables basses (Marie Haour) et colonnes en bois (Xavier Nicot à L’isle-sur-la-Sorgue).
3) Construite comme un bassin, la piscine est ombragée d’oliviers, de rosiers et de solanums.
4) Sous la tonnelle recouvert de glycine, on prend ses repas, l’été, sur une table en fer (Olaria).
5) Tout en longueur, la cuisine est séparée de la salle à manger par une cloison ancienne (1900) en bois et ver cathédrale. Le plan de travail est en zinc. On remarque d’astucieux rangements pour les bouteilles et les paniers dans lesquels se trouvent torchons, nappes, serviettes et sets de tables.
6) De sa chambre, Pierre Bergé découvre le jardin du mas « Théo » dessiné par Michel Sémini.
7) La pergola qui conduit au village et longe la piscine est recouverte d’un mélange de rose « Pierre se Ronsard », « Mermaid », « Alfred Carrere » et « Gloire de Dijon ».
8) Dans la salle de bains, tous les éléments ‘lavabo, robinetterie, éclairage, pomme de douche) proviennent de L’Epi d’Or.
9) Dans la chambre, banquette et lit provençaux (Le Mas de Curebourg près de l’Isle-sur-la-Sorgue), boutis (Le Bon Marché). Sur le sol, large lattes de bois Louis XIII (Origines).