Histoire de Famille

En pleine campagne, un mas d’autrefois renaît à la vie sous une treille auréolée de vigne vierge. Restauré par l’architecte Hugues BOSC, dans un parti pris d’authenticité, il nous offre l’image intacte du passé. Dédié à la famille, aux six enfants qui l’emplisse de joie, il rayonne d’une superbe simplicité.

Reportage Anne-Marie Masclaux-Perron / Photos Martial Maurette / texte Marylin Moreau.
Maisons et Décors 

Lorsque l’architecte Hugues BOSC découvrit cet ancien mas, la végétation en avait fait son royaume. A partir d’un bâtiment éventré, de cloisons éboulées, il allait réinventer une maison adaptée à la vie d’aujourd’hui, mais qu’il voulait authentique, donnant l’impression, au premier regard, d’avoir toujours existé. Sa connaissance de l’habitat traditionnel, l’amour des lieux, son intuition conjuguèrent à merveille pour réaliser ce but.
Les façades conservées, le soubassement de pierre et les murs de torchis, mélange de terre et de paille, demeure l’héritage du passé. A l’intérieur, on foule un sol de parefeuilles anciens, on se réchauffe au foyer profond d’une cheminée, on grimpe un étroit escalier de pierre qui se partage, comme si de nouvelle pièces avaient été rajoutées au fil des ans. Pourtant, tout a été réaménagé, transformé. Les planchers trop bas furent remontés, la grange d’hier est devenue cuisine, le grand grenier bibliothèque conviviale ou la famille aime se retrouver pour lire, discuter, jouer dans l’ambiance chaleureuse des livres et souvenirs : photographies ou dessins d’enfants, bâtons ou coquillages ramassés au cours d’une promenade…
La maison résonne des rires et des jeux des enfants qui entrent, sortent, toutes les pièces de jours étant de plain-pied avec la terrasse. L’été, le salon se pare de fraîches cotonnades qui, l’hiver venu, laissent la place à des tissus plus lourds. Coutumes anglo-saxonne reprise avec bonheur dans une demeure qui aspire à une vie simple et authentique, en pleine campagne provençale.

 

Tous miels

Installée dans l’ancienne grange du mas, la cuisine jouxte la salle à manger. Remisant machines trop bruyantes et réserves dans un cellier contigu, l’architecte Hugues BOSC a voulu une véritable pièce à vivre ouverte sur le jardin, chaleureuse comme pouvait l’être la pièce commune d’autrefois. Renouer les fils du passé, donner l’impression qu’ils n’ont jamais été rompus tout en dotant le quotidien du confort actuel, ce principe, qui a guidé toute la restauration de la demeure, se retrouve ici décliné avec un même désir d’authenticité et de simplicité, grâce aux conseils avisés d’Hugues et Sophie BOSC. Chaude et appétissante, la couleur miel domine la pièce, égrenant toutes ses nuances du sol de terre cuite, habillé de carreaux faits main, au plafond où de blondes poutres sont à demi encastrées. Miel foncé de bruyère mâtiné de rouge provençal pour les traditionnels carreaux de cuves (Boutal, Salernes), protégés par une lisse de fer, miel ambré de lavande pour les chaises de rotin (la Boutique des Jardins, St Rémy) et la grande table conviviale, faite de bastaings de chantier.

Inspirée du passé, la hotte d’une cheminée de plâtre chapeaute la cuisinière rustique (« Châtelaine » de Godin), comme encastrée à l’emplacement de l’ancien foyer. Ses jambages descendent jusqu’aux plans de travail disposé de part et d’autre du poste de cuisson. L’un est assorti d’un petit point d’eau toujours utile. A l’aplomb, une étagère entièrement carrelée met à portée de main huiles, condiments et aromates nécessaires à toutes préparation culinaire. Deux hauts vaisseliers maçonnés, à demi-grillagés, lui font face et encadrent une autre surface de travail en marbre, surmontant tiroirs et placards grenats aux poignées en laiton, identiques à celles des meubles de grainetiers. Alimenté par un simple robinet de cuivre, l’évier n’est autre qu’une cuve de laboratoire, large et profonde, idéale pour nettoyer grilles ou plaques à pâtisserie. A proximité, un vide-ordure d’immeuble, laqué à la peinture de carrosserie, permet de se débarrasser des ordures ménagères directement dans une poubelle hors cuisine.
Nos hôtes ont su agrémenter les lieux de coups de cœur, collection de boites de fer, de cages à oiseaux sur des étagères aux taquets de plâtre, œufs en trompe l’œil, pots provençaux, autant d’émouvant témoins du passé qui revivent dans l’atmosphère conviviale d’une cuisine pleine de charme.

La treille couvre toute la terrasse ombrageant, par ses arceaux de fer habillés de vigne vierge, un sol de ciment quadrillé en carreaux. Un gros bloc de pierre en guise de table mêle sa rusticité à la grâce d’une banquette en fer forgé peint.
Situé dans le prolongement de la façade, un ancien relais de chasse a été construit dans le style « Viollet-le-Duc ». Implantée dans une région marécageuse assainie par les moines au XIIe siècle, la bâtisse profite d’un environnement verdoyant.
L’image d’un mas de jadis renaît dans la simplicité et l’authenticité de cette porte pleine, doucement cintrée et rehaussée d’un encadrement à l’instar de toutes les ouvertures. Une chaise de jardin vêtue de blanc, une ancienne meule de moulin devenue table, le charme opère ici au quotidien.
Au lieu et place d’un escalier en ruine se trouve la profonde cheminée du salon. A l’intérieur, deux pierres ont été récupérées sur les jambages, taillés en biseau et installées ainsi pour un meilleur tirage. Près d’un tableau de Jo Bayol, l’escalier de pierre semble depuis toujours encastré entre deux murs. Sur le canapé recouvert d’une housse en tissu « St Rémy » de Pierre Frey, un cartable d’architecte.
Dans le bureau dont le plafond a conservé ses entre-poutres plâtrées, une malle de voyage, posée sur le sol de terre cuite, dissimule avec malice un coffre à jouet. Tombé « miraculeux » pour ce rideau supporté par une tringle en fer forgé simplissime. Son secret, un molleton intercalé entre la doublure et le tissu, ce dernier étant lesté par un ruban de plomb (tissu Maruis Boudin)
La salle à manger a choisi de s’habiller de jaune et de rouge. Jaune clair les murs où se reflète la lumière du jardin, rouge la grande nappe en piqué, rouge aussi la laque qui fait reluire le petit buffet.
Des couleurs très chaudes qui, mariées à la blondeur des fauteuils en châtaignier et à des poutres en plafond, composent une atmosphère particulièrement agréable. L’hiver venu, un petit poêle Godin vient dispenser sa douce chaleur.
Contiguë à la chambre des maîtres, la bibliothèque occupe une large pièce au dernier étage. Un simple bâti d’agglos et des rayonnages de bois peints accueillent de nombreux livres et une multitude de petits objets hétéroclites tendrement conservés. Le secret de ce lieu simple et convivial : un lumineux tapis de table, fait de carrés peints sur une pièce de coton (la Boutique des Jardins) tels des échantillons de couleurs, des fauteuils dépareillés… Un ameublement sans ostentation pour de merveilleuses soirées familiales.