Histoire naturelle

Quelque part dans les Alpilles, un couple de Parisiens épris d’authenticité a su recréer de toutes pièces un vieux mas idéal et son environnement. Un exercice de style brillamment maîtrisé où l’art de recevoir s’exprime désormais à l’unisson d’une nature généreuse et préservée.

Reportage Françoise Lefébure. Texte Anna Galet. Photos Henri Del Olmo
Coté Sud 

C’est un mas aux volets bleus ; au crépi usé, aux tuiles roussies de lichen. Caché dans un repli des Alpilles, il semble là depuis toujours. Des chats vagabonds boivent le soleil dans l’embrasure des portes. La façade masque ses cicatrices sous des éventails de roses sauvages. Les oiseaux s’ébrouent dans l’abreuvoir ancien. Et pourtant, il y a trois ans à peine, s’étendait ici une pinède envahie de broussailles. Eric et Laurence, parisiens amoureux du Midi, y débarquent un après-midi, juste avant l’avion de 16 heures qui doit les ramener dans la capitale. Depuis des années, ils cherchent sans succès la maison qui abritera leur nouvelle vie de « sudistes ». Ce jour là dans la pinède, une lumière ensorcelante coule sur les ruines d’une ancienne magnanerie. La vibration les touche au cœur : c’est ici qu’ils éliront domicile. « Et c’est ici que les difficultés ont commencé, enchaînent Eric et Laurence, car contrairement à nos projets, nous allions devoir créer de toutes pièces la ‘vraie vieille maison’ de nos rêves… » Première étape, et non des moindres, la pinède est rasée, le terrain déblayé et nivelé. De très vieux oliviers, étouffés par la végétation, sont rendus à la lumière. Avec l’aide de l’architecte Hugues Bosc, les propriétaires s’engagent alors dans un chantier exaltant : « Pendant un an nous avons suivit les travaux chaque jour, avec le sentiment de modeler cette maison pierre à pierre, comme une sculpture… » Construite avec les matériaux de l’ancienne magnanerie, la bâtisse, par une étrange osmose, en acquiert peu à peu l’âme fier et rustique. Les meilleur artisans de la région se succèdent sur les lieux, avec mission de leur insuffler esprit et authenticité. Maison de famille à l’origine, la demeure change bientôt de destinée pour devenir maison d’hôtes, « car nous adorons faire des rencontres », expliquent en chœur Eric et Laurence. Une suite flanquée d’un accès extérieur est alors logée à l’étage du bâtiment principal, tandis que trois chambres indépendantes, disposant chacune de salles de bains et de sa terrasse privée, sont construites dans le jardin. 1500 oliviers et 2000 pieds de lavandes sont répartis sur le domaine déjà foisonnant de pins et de genêts qui embaument le sucre. Plus loin, un potager à l’ancienne, d’une géométrie délicieusement surannée, est conçu pour mûrir à l’écart ses promesse d’abondance. Mais pour les propriétaires, amoureux des îles lointaines, l’histoire serait restée inachevée sans un point d’eau, un petit coin de nature sauvage et miroitant comme un rêve de Robinson… S’appuyant sur une barre rocheuse émergeant de la garrigue est installée alors la piscine dans une dépression naturelle qu’il recouvre de béton, puis de résine mélangée à du sable. A quelques enjambées de la maison, un ponton de planches brutes et quelques troncs polis par le sel parachèvent l’illusion d’un rivage solitaire et intact… Ce goût prononcé de l’ailleurs et du voyage affleure aussi, par touches subtiles, dans la décoration du Jas de l’Ange, placée sous le signe de la fraîcheur et de la liberté : meubles tibétains, lanternes marocaines ou peinture haïtiennes se mêlent sans à priori aux boutis provençaux d’Elsa C. ou Blanc d’Ivoire et aux imprimés acidulés de Tricia Guild, renouvelés à chaque saison. Dans la cour, une vaste tente mauritanienne invite à la sieste, à l’oubli, aux méharées imaginaires, tandis qu’aux quatre coins du jardin les fontaines anciennes bavardent et se répondent… Au crépuscule, un rossignol minutieux affûte son chant au sommet d’un pin. En contrebas, dans un champ de lavande, un cabanon de pierres sèches gardé par un très vieux poirier sauvage, attend de recevoir le centre de soins que Laurence, spécialiste des massages et des techniques de relaxation, projette de créer pour délivrer sa clientèle des atteintes de la vie urbaine. Une conclusion en forme de point d’orgue pour une aventure enthousiaste et inspirée… Comme un rêve d’enfant.

Le Jas de l’Ange, route d’Eygalières, 13660 Orgon, tél : 04 90 73 39 50 ; fax : 04 90 73 39 51. Site : www.jasdelange.com, E-mail : jas-de-lange@wanadoo.fr, Chambre double avec petit déjeuner, de 130 euros à 180 euros. Ouvert toute l’année.
 
Au fond d’un petit potager clos où croissent salades et tomates dans les plessis en osier tressés sur mesure. Un cabanon de rêve abrite une chambre d’hôte totalement indépendante et baptisée « l’Echo des étoiles » où se mêlent, dans un esprit très verrière, influence provençales et de l’orient.