Tableau Champêtre

De l’ancienne bergerie accrochée au pied d’une barrière rocheuse, dévorée par un roncier envahissant, il ne reste rien. L’architecte Hugues BOSC et le paysagiste Maichel Semini l’ancrèrent plus fortement dans le sol en la doublant d’un patio, de terrasses d’été, de pièces supplémentaires merveilleusement servies par une décoration faisant la part belle aux couleurs et objets.

Reportage Anne-Marie Maslaux-Perron / Photos Martial Maurette.

« Comment envisager l’acquisition d’une telle ruine ? » Question que se posa peut-être notre hôtesse lorsqu’elle visita pour la première fois ce qui allait devenir une maison de famille, puisant dans son environnement champêtre la justesse de ton nécessaire à une restauration équilibrée, en accord avec un mode de vie et un lieu pas nécessairement conciliables. La bâtisse collait aux canons de l’habitat rural traditionnel : un long rectangle disparaissant dans un vieux mortier de chaux et de plâtre, avec, par endroits, de large plaques de pierres découvertes, quelques ouvertures malmenées par le vent, et la pluie et définitivement murées de moellons. La végétation avait fait sienne un appentis  et cachait un étonnant encadrement de porte mouluré et blasonné sous un roncier qui occupait presque toute la cour…
Ce lieu désespérément abandonné, que rien n’aurait pu faire revivre si ce n’est la volonté de ses futurs propriétaires, associée à une étroite collaboration entre l’architecte Saint-Rémois Hugues Bosc et le paysagiste Michel Semini, de Goult.
L’intérieur de la maison était tout aussi misérable, les pièces du rez-de-chaussée cloisonnées, comme s’était souvent le cas, en petites cellules dévolues à la vie humaine mais aussi aux bêtes et travaux des champs. La bergerie conservait encore les stigmates de sa vocation première.
Exploitation agricole donc qui devait se muer en une demeure discrète mais raffinée, ouverte aux enfants, aux amis. A une surface habitable non négligeable, Hugues Bosc ajouta quelques extensions qui, bien que destinées à accroître l’espace de vie, parurent très vite indispensables à l’épanouissement architectural de l’ensemble.
La bâtisse, plantée dans les flancs de la colline méritait de s’élargir.
Hugues Bosc laissa le bâtiment initial aux pièces de « réception », proposant l’installation de la cuisine et du service (cellier, buanderie) en partie nord. Cet ajout, qui a eu pour effet immédiat d’épaissir le pignon ouest, lui donnant d’avantage de présence dans le paysage, peaufina son intégration par la création d’un patio, clos de murs bas. Prétexte pour ouvrir le salon sur une fontaine, une végétation bambous et clerodendron, il contribua également à relier la maison à une seconde extension coté soleil levant : celle d’une bibliothèque, d’une chambre et d’un logement de gardien à l’étage. La métamorphose fut totale.

Si certains éléments comme l’implantation de l’escalier intérieur furent conservés, favorisant la lecture plus sensible et vraisemblable du passé, d’autres furent définitivement bouleversés. A l’exemple du salon ; né de la suppression de quatre pièces minuscules, vestiges d’un passé rural oublié.
Michel Semini s’attaqua à la restructuration végétale, consolidant la restanque à moitié démolie de la cour principale, nettoyant le sous-bois qui la surmontait pour ouvrir la vue sur l’enchantement d’une barrière rocheuse. Il combina, dans ce paysage de garrigue, un écrin d’ombre et de fraîcheur pour le moins inattendu. Une haie de persistant et la coulée odorante d’une roseraie, montée sur arceaux de métal, cachent définitivement la piscine, creusée en retrait de la maison. Implantation qui permit d’asseoir l’aménagement sur un projet faisant la part belle au soleil et à une composition végétale plus « exotique ».
A n’en pas douter, la magie de cette restauration exemplaire perdurera au fil des années…

Un cent de colombes, envolées par un beau matin d’été… premier mariage célébré dans la nouvelle maison de famille !
Certaines sont revenues, ont niché au creux des fenêtres et panières d’osier jusqu’à devenir des ombres blanches, ô combien familières.
Un jardin se mire aussi dans les parfums du matin ou du soir. Là, des pittosporum dégagent une bouffée d’agrumes, le printemps venu.
Peut-on rêver meilleur accueil lorsque la porte s’ouvre ? A noter la pierre blasonnée, surprenant travail de sculpture dans une architecture rurale.
La terrasse à l’ouest prolonge salle à manger et cuisine. Plateau de table en granit belge.
La pente du toit se trouve confortée par l’ajout de la cuisine, en retrait, et les lignes verticales des cyprès plantés. La haie dresse un rempart végétal devant la piscine.
Au travers des pointes acérées des yuccas, la façade, restaurée, en toute sa magnificence.
Un bureau, adossé à un canapé central, l’opulence d’un bouquet morcellent visuellement le grand salon, gagné par la suppression de quatre pièces exiguës.
Une décoration intimiste, des couleurs fortes, contribuent à maintenir une atmosphère cosy.
Deux canapés Désio (Ebène), tendus d’un quadrillé « Bastien, Bastienne » se font face, devant un très beau coffre ancien.
Le coin feu s’orchestre autour du confort de deux bergères Laura Ashley et d’un canapé houssé de coton (Ebène)
Au travail de restauration s’ajoute le raffinement des peintures de l’artiste Gilles Devausse.
Collections de poteries extrême-orientales dans le salon et agrandissement, à taille humaine, d’un bleu de Chine plus vrai que nature sur les murs enduits, patinés et cirés de la salle à manger.
De part et d’autre de la table en noyer (Ebène), des chaises palmettes Empire s’égaient aux carreaux d’une toile de coton. Doubles rideaux « Edimbourg » (Dédar chez Ebène)