Un jardin enfoui sous la végétation et une maison qui échappe aux poncifs du style provençal.
Par Marie-Claire Blanckaert
Photos Marianne Haas

Le mas est recouvert d’un crépi traditionnel à la chaux. Les terrasses sont ombragées par la glycine et les platanes. Tout autour, un merveilleux jardin conçu par le paysagiste Michel Semini.

Il faut croire aux signes du destin. Terry et Jean de Gunzburg cherchaient depuis longtemps une maison en Provence lorsque, à l’occasion d’un week-end chez leur ami Jacques Grange, ils visitent un mas situé au beau milieu d’une vaste prairie, tel un bateau en pleine mer. La bâtisse leur plaît aussitôt. Par chance, elle est à vendre.« A partir de là, explique Terry, tout s’est enchaîné naturellement. » Cette maison de campagne, entre herbage et verger, est composé d’une dizaine de chambres : idéal pour abriter les sept enfants qu’ils ont à eux deux. Même si le mas est en bon état et plutôt joliment décoré, Terry et Jean décide de repenser à leur idée. D’abord, le jardin : cerné par des haies de platanes, il est confié à Michel Semini, dont Terry avait récemment découvert le talent. Elle lui demande de l’ouvrir sur la prairie pour créer une impression d’espace infini, sans trop de sophistication pour que les enfants prennent plaisir à venir y jouer. Avec lui, elle étudie les camaïeux de vert et de gris, avec des touches de mauve (glycine et lavande) et de violet (iris et agapanthes) qui cèdent la place aux lauriers roses, rouges et blancs et aux roses anciennes qui fleurissent tout l’été.L’attention du couple se porte ensuite vers l’intérieur. C’est Jacques Grange, l’ami de toujours, qui présidera aux travaux. Ensemble, ils imaginent une grande cuisine où l’on peut prendre ses repas l’hiver, avec des placards ouverts qui laissent deviner les collections de verres et d’assiettes colorées. Quand à la chambre des propriétaires, d’apparence confinée sous un plafond bas, le décorateur en fait une pièce plus vaste en laissant apparaître la charpente.Dans les pièces du haut, les Gunzburg jouent la couleur : la première, safran, évoque le Portugal, avec un lit XVIIIe en bois tourné ; la seconde, coloniale, avec ses murs crème, son paravent en bambou, sa malle XIXe en rotin et ses rideaux en organdi brodé ; la troisième, quand à elle évoque l’atmosphère d’anciennes fête foraines, avec ses meubles de Royère et sa collection de quilles. « La seule audace qu’on peut me reprocher est d’avoir mélangé des objets et des meubles précieux à des choses sans valeur mais qui me plaisent », explique Terry. Quand elle parle des couleurs, elle le fait d’une manière sensuelle, avec gourmandise, en utilisant les mots « blush », « tons poudrés ». Pas si surprenant lorsqu’on sait qu’elle fut, pendant vingt ans, directrice des produits Carita, puis styliste de maquillage chez Yves Saint Laurent, pour finalement créer, il y a un an, son propre univers dans la galerie Vérot-Dodat, à Paris : un concept de maquillage de haute couture sous le nom de ‘By Terry’.Cette année, Terry, Jean et leur tribu ont passé dans le mas provençal leur quatrième été avec nombre d’amis. Puis, la maison sera prêtée, au fil des saisons, aux « grands enfants » et à leurs amis. Une manière de la faire vivre à l’infini…
M.-C.B.

1) Sur une table de ferme, lampe en tôle et brocs des année 40, vase marocain.
2) Dans un coin du salon, derrière un fauteuil Jean Royère, une sculpture d’Axel Cassel. Sur la table de Printz (Anne Sophie Duval), céramiques de Jouve et paravent des années 40 (galerie du Passage).
3) Devant la maison, cannapés en rotin, table basse indienne et chaise longue en raphia des années 50.
4) Pour laisser passer la lumière, le décorateur Jacques Grange a dessiné ces portes en moucharabieh. On devine dans la pièce du fond, une lithographie de Calder.
Dans le salon, à gauche de la cheminée, sur laquelle sont posés des Colucci et un bougeoir en spirale de Jean Royère , chaise à bascule XIXe, canapé dessiné par Jacques Grange (Decour) et table basse en mosaïque. De chaque coté de la cheminée, paire de bibliothèques de Jean-Michel Frank et dessins de Tex Avery (galerie du Passage).
Sous un lustre de Claude Lalanne, les placards du coin salle à manger de la cuisine ont été construits avec des portes de bistrot en pin (XIXe siècle). La table en chêne (année 1940) est entourée de chaises signées Thonet en bois laqué (galerie du Passage). Tapis suédois (Eric Philippe).
1) Dans une des chambres d’amis, tables, lit et lampe de Jouve (galerie du Passage), gouache de Pierre Le-Tan, fauteuil de Jean Royère, couvre-lit en piqué de Margareth Mann. Les fenêtres sont habillées de saris de mousseline de coton.
2) Dans une des salles de bains, paire de lavabos des années 30 rehaussés de miroirs en plâtre 1940.
3) Dans une autre chambre d’amis, en guise de tête de lit, un paravent XIX e en bambou. Tables gigognes (Ecart International), fauteuil et tabouret en ficelle 1940, meuble gothique XIXe.
4) Lits et commode de Jean Royère (galerie du Passage). Affiche de Léo Lelée. Linge (Vis-à-Vis) et dessus de lit en tissus africain.
Sur le lit portuguais XVIIe, couverture en piquée (Margareth Mann) et drpa (Frette). Cabinet XVIIe et rideau (Habitat).
1) Détail de la cuisine avec ses carreaux portugais XIXe, son « piano » La Cornue et ses chaises Thonet.
2) Sur le palier de l’escalier qui conduit à la mezzanine de la chambre, une chaise d’aquarelliste, cadeau de Jacques Grange aux Gunzburg.
3) La cheminée de la chambre de Terry et de Jean est en cocciopesto, mélange de coquilles d’œuf et de terre cuite (galerie du Passage). Elle a été dessinée par Jacque Grange. Fauteuil de Robsjohn Gibbings.
4) Chevet et lampadaire de Vincent Corbière, dessin de Wendy Artin, gourde XIXe du Pays Basque.
5) Murs en cocciopesto (galerie Farnese). Meuble en chêne et cuir de Royère, fauteuil en fer et cuir de Giacometti pour Jean-Michel Frank. Tapis de Georges Braque (galerie Valois).
6) Dans la chambre-salon, photos de Marilyn Monroe par Bert Stern, paire de fauteuils de Giacometti pour Jean-Michel Frank. Taps de Braque, lit et chevets de Vincent Corbière.
7) Dans le reflet du miroir, mur-sculpture en cocciopesto, dessiné par Jacques Grange pour la galerie Farnese. Table de toilette en ardoise et wengé dessiné par Jaques Grange. Fauteuil de Robsjohn Gibbings (galerie du Passage).
Ici, apparaît de façon évidente la structure de la « chambre-bureau-loggia-salon d’hiver », architecturé par Hugues Bosc et Jacques Grange.
Au pied du lit, dessiné par Vincent Corbière, une sculpture d’une jeune artiste espagnol, « Yaguès », sur une natte éthiopienne.