Coté Sud / Residences Décoration / Mon jardin ma maison / Elle Décoration / Maisons et décors / Votre maison votre jardin / Vogue living /
Derrière les plis cotonneux d'un jardin d'un jardin réinventer et l'ocre sombre d'un badigeon, l'intérieure d'un mas s'offre une seconde jeunesse.
Reportage Anne-Maris Masclaux-Perron
Photos Martial Maurette
Les hommes ont de tout temps adossé leurs fermes contre la barre grise des Alpilles, battue par la vague déferlante d'un puissant mistral, rempart minéral que prolongent des haies de cyprès sombres ou de canisses rustiquement assemblées. Quadrillés par ces rubans rigides, sillonnés de roubines où court une eau insoupçonnée, les champs composent un singulier tableau dans lequel l'habitat rural s'étire, sous la lumière musarde du soleil, martelant jusqu'à l'infini ces fuseaux vert interminable.
C'est à peine si le halo ocre des toits dépasse le faîte des arbres. Discrétion, protection contre une prise au vent dévastatrice, le paysan d'hier savait la sécheresse d'un air saturé, le dard cinglant de courants d'air glacés ou brûlants, selon les saisons..
Ancienne exploitation maraîchère, la propriété avait été restaurée fidèlement par Hugues Bosc. En son temps, nous vous avions fait découvrir sa façade rouge, aiguisée par le bleu charrette des volets de bois , contraste faisant se refléter un azur vide de tout nuage.
La bâtisse, restaurée, avait conservé la silhouette de l'ancien mas, calquée sur la puissante entreprise d'un environnement linéaire. A l'intérieur, l'architecte saint-rémois avait respecté une distribution balancée de part et d'autre d'un escalier droit en pierre. L'opaline crémeuse de la cuisine éclairait, comme si c'était hier, le plafond de poutres et de planches grossièrement blanchies, la vaste cheminée aux corbeaux de plâtre. Respecté, inventé, le décor architectural avait cette justesse puisée dans la terre…
L'aménagement intérieur, comme le jardin, jouait de la même rusticité avenante mais on déplorait l'absence de certains éléments de force. La maîtresse des lieux fit appel à deux amis bien connus sur la place provençale, le décorateur Philippe Eckert et le paysagiste Michel Sémini, pour installer un nouveau décor. Le premier se vit confier l'aménagement d'une pièce à vivre, à lire, à penser… qui devait tâche délicate, se métamorphose aux premiers jours de vacances scolaires en salle de jeux
pour des petits enfants rois. Comment laisser le champ libre sans faire table rase des objets, souvenirs, poteries, tableaux qui sont l'essence même de la demeure ? En cachant jouets, livres-images dans l'assise d'un coffre d'une banquette en bois. Coussin, lasure amende empruntent aux intérieurs de Carl Larsson une douceur toute suédoise.
Le jardin, lui, se résumait à la couronne fournie d'un platane, la rigueur de romarins tenus bas, une treille léchant le front de la façade sud.
Sur le chemin de la piscine, une fontaine isolée, puis un grand champ. Michel Sémini limita son intervention au abords immédiats de la bâtisse, ce qui faciliterait l'entretien, n'exigerait ni gros investiments, ni forte irrigation.
Il dégagea la maison en doublant la terrasse, annexa le terre-plein de la fontaine. Quelques murets de pierre, de persistants taillés (pittosporum tenifolium), des arceaux de roses et cet éden n'est plus qu'un nuage de verdure vaporeuse qui se perdra dans le patio d'un pool-house aux accent d'hacienda. Des interventions de talent !
Autre vue, depuis la piscine, des acheminements aménagés devant la fontaine. Graviers, dallage en pierre et toute la luxuriance des lauriers roses, les tiges grêles (en apparence seulement) des gauras. Leurs fleurs blanches, papillons auréolés de rose carminé, se succèdent sans interruption tout l'été. Une espèce à privilégier dans nos jardins de Provence.
Alors que l'on devine l'amorce du champ, dont l'herbe sera bientôt grillée par la trop forte ardeur du soleil, les boules de santolines semblent répéter le toupet feuillu du platane.
L'esthétique des murs pignons est parfois discutable. Ici un bandeau blanc souligne adroitement, sur fond d'arbres anisés, chaînage d'angle et surjet de tuiles roses. Un fronton fort bien proportionné, contrebalancé par un second départ de toit.
A mi-chemin entre l'escalier cloisonné, très courant dans les mas, et le salon cheminée, cette pièce n'avait pas trouvé sa raison d'être. La maîtresse de maison l'anexa. Profiterait là d'un coin plus intime, ferait son courrier, lirait, allongée sur la banquette ou assise dans la bergerie (Galerie l'Eté, St-Rémy), à la lumière du jour tamisé par la ramée d'un généreux platane.
En extrémité de terrain, la piscine se devait d'être sécurisée pour prévenir toute imprudence des enfants. Deux portes, prolongées par une haie d'éléagnus persistants, condamnent le passage tout en confortant l'inspiration d'un patio mexicain.
Fauteuils anciens (Mesureur Antiquités, Isle-sur-Sorgue), deux spirales de buis (Pujante, St-Rémy), pots en terre cuite (Les Jardins de Van Gogh, nappe en coton (La Maison de Cédric, St-Rémy), il n'en fallait pas davantage pour composer un salon d'été. Un bandeau peint, à hauteur d'appui, court sur tous les murs et casse la prédominance d'un blanc par trop lumineux. |